Pourquoi totalenergies, de plus en plus isolée, s’accroche à la russie

TotalEnergies est de plus en plus prise à partie pour sa présence en Russie. Des militants ont perturbé une table-ronde à laquelle participait son PDG tandis que deux ONG ont mis en demeure le groupe de cesser ses activités sur place, en s’appuyant sur son devoir de vigilance et le risque de violation des droits humains inhérent à la guerre en Ukraine. La major est l’une des rares du secteur à camper sur sa position.

« Total en Russie, honte en France ». « Guerre en Ukraine, Total complice ». « Paix, climat, même combat ». Voici les messages qu’une quinzaine de militants sont venus brandir face à Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, alors qu’il intervenait dans une table ronde à la Sorbonne mardi 15 mars sur l’Europe verte. L’hymne de l’Ukraine a également été diffusé pour lui signifier « qu’il n’est pas le bienvenu pour parler » de ce sujet, explique sur Twitter, Pauline Rapilly Ferniot qui a fondé le collectif Ibiza (connu pour ses interventions avec le sosie de Jean-Michel Blanquer) à l’origine du happening. La multinationale est l’une des rares majors pétro-gazières à être encore présente en Russie, malgré la guerre en Ukraine.

La veille, Greenpeace et Les Amis de la Terre ont mis en demeure le groupe « de renoncer dans les plus brefs délais à toute relation d’affaires et commerciale dans le secteur pétro-gazier russe si elle ne souhaite pas contribuer à la guerre menée par la Russie en Ukraine et aux multiples violations des droits humains susceptibles d’en résulter ». Les deux ONG s’appuient sur le devoir de vigilance mais aussi sur le devoir général de prudence qui s’appliquent à TotalEnergies.

TotalEnergies mise en demeure sur son devoir de vigilance

Le groupe, présent en Russie depuis 1991, est notamment actionnaire de Novatek (19,4%), aux côtés de l’oligarque russe Guennadi Timtchenko (23,5%), un très proche de Poutine directement visé par les sanctions européennes, et de Gazprom (9,9%) détenu par le Kremlin. TotalEnergies détient également des parts dans un champ pétrolier aux côtés de Zarubezhneft, dont le président du Conseil d’administration est également placé sur la liste des sanctions américaines depuis 2014. 

« Le maintien de la participation de TotalEnergies dans les projets susvisés ainsi que le maintien de ses parts dans Novatek impliquent nécessairement des risques que ceux-ci contribuent, au moins financièrement, à l’agression russe en Ukraine et aux violations graves des droits humains. En tout état de cause, TotalEnergies n’est pas en mesure d’apporter la preuve du contraire et ne saurait garantir que son maintien dans ces projets n’y contribuera pas » expliquent les ONG dans leur lettre adressée à Patrick Pouyanné.

Pour l’instant, l’entreprise, qui n’a publié qu’un seul communiqué le 1er mars, campe sur sa position. « J’ai discuté avec les plus hautes autorités de mon pays et ils ne nous poussent pas à quitter la Russie » avait déclaré Patrick Pouyanné, lors d’une conférence sur l’énergie aux États-Unis le 7 mars. Alors que BP, Shell, Exxon, Equinor ou Eni ont préféré se retirer, la multinationale française s’est contentée de s’engager à ne pas apporter « plus de capital à de nouveaux projets en Russie« .

« Le futur industriel de TotalEnergies dépend de la Russie »

Il faut dire que le pays est stratégique pour TotalEnergies. Si la Russie ne représente que « 3 % à 5 % » de ses revenus, comme le répète son PDG, et 17 % de la production annuelle de liquides et de gaz naturel en 2020, il est intéressant de se pencher plus en détail dans les chiffres. Ainsi, le pays compte pour 30 % de sa production de gaz et 40 % de ses réserves gazières mondiales. « Le futur industriel global de TotalEnergies dépend fortement des sites gaziers Yamal LNG (opérationnel depuis 2017) et Arctic LNG2 (un projet en cours de construction dont la première livraison de gaz naturel liquéfié est prévue pour 2023, NDR) : les abandonner reviendrait à grever une part extrêmement conséquente des réserves prouvées du groupe, ainsi que de ses revenus futurs » analyse l’économiste Maxime Combes dans une note publiée début mars.

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont critiqué la position de TotalEnergies. L’écologiste Yannick Jadot et la socialiste Anne Hidalgo appellent le groupe à quitter le pays tandis que le communiste Fabien Roussel a qualifié la multinationale de « profiteur de guerre », un terme repris par la candidate du Rassemblement national Marine Le Pen. L’Insoumis Jean-Luc Mélenchon estime pour sa part que le pétrolier n’a pas à se retirer de Russie. Du côté du gouvernement, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a réaffirmé en début de semaine que « Total n’est pas en contravention avec les sanctions décidées » sans exclure que « la situation change » à l’avenir.   

Source : novethic.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *