La recherche d’impact, prochaine grande étape pour la finance durable, commence à faire son chemin

Si le marché des fonds durables distribués en France reste largement dominé par l’approche best In class et les fonds labellisés ISR, des démarches pionnières existent pour construire une offre alternative plus centrée sur la mesure d’impact et les actifs réels, plus adaptée aux demandes des investisseurs engagés. À l’occasion de la publication des chiffres de marché 2021, Novethic revient sur les approches de deux grands assureurs, Maif et Generali, et d’une société de gestion DNCA qui mise sur ses fonds à impact.

Les limites de la notation ESG face à la controverse Orpea

Hugues Aubry, membre du comité exécutif de Generali France en charge du marché de l’épargne et la gestion de patrimoine, président de Generali Luxembourg

« Il y a eu un avant et un après Covid. La démarche ESG et ce qu’elle apporte à la performance est devenue incontournable, c’est désormais un acquis sur lequel on ne reviendra pas. Elle est utile dans une approche de marché large et permet d’investir dans les entreprises cotées les moins pires. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance prise par la taille de ce marché. C’est un élément fort qui montre que l’ESG pèse de plus en plus lourd. »

Helene N’Diaye, directrice générale adjointe de Maif et directrice générale de Maif Vie 

« La difficulté pour nous, et l’affaire Orpea le prouve, c’est de faire le tri entre ce qui est du green ou de socialwashing et ce qui est une démarche réelle et sincère. Dès qu’on s’engage de manière forte et visible et qu’on porte sa voix comme le fait Maif, on est d’autant plus exposé au risque d’image. Si on voulait s’assurer de la sincérité de la profondeur de la démarche de chacun des fonds dans lesquels on investit, il nous faudrait des spécialistes dans tous les domaines, ce n’est pas possible. Il faut donc s’appuyer sur un marché qui est en train de se structurer. Toutes les réglementations qu’on voit poindre nous rassurent parce que cela exige a minima plus de transparence. Et on peut donner des preuves sur des investissements concrets que l’on fait sur des territoires donnés. »

Léa Dunand-Chatellet, directrice de l’investissement responsable de DNCA

« Pour faire de la gestion à impact telle que je la pratique, il faut non seulement réaliser notre propre notation ESG en interne sur la base des données des entreprises exclusivement, mais aussi faire des visites sur site. Dans le cas d’Orpea, nous n’avions pas investi d’actions dans nos fonds à impact à la suite d’une visite de site du secteur au cours de laquelle nous avons pu nous forger une opinion sur les pratiques observées. La gestion de conviction est avant tout une gestion de terrain au plus près des entreprises. »

Les gages de crédibilité à donner aux investisseurs 

Hélène N’Diaye, Maif 

« Nous avons choisi de donner des preuves. Nous avons un seul contrat d’assurance vie. Il est labellisé Finansol comme tous les produits d’épargne, pour être conformes à nos engagements. Nous pratiquons en plus des exclusions. Il n’y a pas de charbon, d’armement, d’investissement dans les pays dans lesquels la peine de mort est pratiquée, etc. Nos engagements climatiques nous conduisent par exemple aussi à sortir progressivement de Total. Cela nous permet d’avoir une politique positive, active, sur le financement d’investissement de transition. Par exemple, avec notre fonds Maif transition, porté par nos fonds propres. Il finance des projets choisis qui respectent la transition énergétique et agricole. »

Hugues Aubry, Generali

« Nous avons utilisé les possibilités offertes par la loi Pacte pour amener l’assurance-vie à accompagner le financement de cette économie du quotidien. Chez Generali, on a lancé en partenariat avec la société Inco Ventures, un fonds d’investissement à impact dans lequel nous avons mis 12 millions d’euros. Il a vocation à investir sur la famille et l’accompagnement des entrepreneurs réfugiés, à travers un fonds 90/10 « Generali France Ambition Solidaire ». Il permet d’investir dans ces projets du quotidien comme les Cuistots Migrateurs, ce traiteur qui fait travailler les migrants. »

Léa Dunand-Chatellet, DNCA

« La crédibilité repose sur la transparence. Il faut publier ses portefeuilles ligne à ligne et expliquer les choix qui sont faits. Il faut aussi assumer de s’éloigner des outils standardisés de marché. Cela concerne aussi bien les indices que la notation ESG qui coche les bonnes cases pour que l’entreprise soit bien notée. C’est le meilleur moyen de rater des controverses qui vont déstabiliser totalement les entreprises et faire perdre beaucoup à leurs actionnaires. On a finalement deux cas de figure. Soit on a repéré un problème grave en amont et l’engagement sert à mesurer la capacité de l’entreprise à résoudre ces problèmes. Soit, quand il est trop tard et que la catastrophe est arrivée, l’option de l’engagement actionnarial n’a plus de sens. Il faut vendre pour que la crédibilité de la philosophie d’un fonds d’impact ne soit pas victime de cet enjeu réputationnel. » 

Source : lessentiel.novethic.fr

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